I feel we think bad – Ed Fornieles, Matt Goerzen, Hannah Perry

Arsenal Montreal

Du 29 juillet 2016 au 28 janvier 2017

Visite audio-guidée

Vernissage le 29 juillet 2016 de 18 h à 21 h

Texte de Dorothy Howard

Dans les installations multimédias de « I feel we think bad », Ed Fornieles, Matt Goerzen et Hannah Perry illustrent comment l’art destiné à représenter la vie réseautique est une exploration notoire du caractère figuratif de l’art abstrait et, inversement, du caractère abstrait de l’art figuratif. Les données (data) sont à la fois figuratives – en tant que liste d’énoncés hautement distinctifs – et abstraites, dans leur aspect séquentiel non généralisable. Leur processus d’interprétation ressemble à celui utilisé par le dessinateur; il est plus facile de s’y identifier lorsque transposé à l’échelle humaine. Nous avons ainsi tendance à réduire la complexité des données pour ensuite leur allouer des affects anthropomorphiques.

Les artistes sont des praticiens de psychologies spéculatives, de thérapies cathartiques et s’adonnent potentiellement à des exorcismes personnels, autant d’eux-mêmes que de leurs spectateurs et témoins. Ces gestes de « création de mondes » contiennent des élans pédagogiques, et ce même lorsque l’artiste cherche à se rapprocher d’un « potentiel inexploité » ou d’une absence de réalisme politique. Cela implique parfois l’exploration d’avatars virtuels – référant à tout un lexique de personnages, démons romantiques virtuels, harceleurs ou faux-nez (sock-puppets) –, qui admet tout de même que la notion de « troll » réside dans l’œil du spectateur. D’une manière plus générale, ces œuvres explorent comment la création d’un extraterrestre (individuel ou politique) fait intervenir l’apparition de « contre-publics » basés sur des types de discours et des médias extrêmement spécifiques.

L’installation soulève la question du positionnement des technologies au sein d’une série d’inventions et de changements culturels. Alors que les technologies matérielles (hardware) essaient de cristalliser les idées à l’intérieur d’un objet fixe comme un Tamagotchi, la variété des logiciels, elle, peut se manifester sous de multiples formes ou itérations, suivant l’idée que la technologie soit un système logique dérivé mathématiquement. Chaque artiste joue, à sa façon, avec le concept de l’affect technologique matérialisé sous forme physique, que ce soit par le biais de marionnettes, des données des marchés financiers ou de l’hypnose. Ces aspects de la technologie sont tellement puissants qu’ils engloutissent les autres systèmes vivants qu’ils rencontrent : l’échafaudage d’un commentaire publié en ligne contient le pouvoir, par exemple, de se manifester dans le bien-être physique d’un individu, tout comme le peut un rapport sur les marchés financiers.

En empruntant aux discours de la syncope, de l’arpège, de l’esthétique de l’improvisation et d’une approche révérencieuse ou irrévérencieuse à la mélodie, les œuvres immersives se rapprochent des réalités tactiles et auditives. Dans le même ordre que le « lieu sûr cinématographique », la sonification des données et les vibrations fantomatiques de nos portables résonnant dans nos poches sont des manifestations d’architectures hypothétiques créées par certaines technologies qui existent ou pourraient exister. Tandis que les écrans s’imbriquent dans nos paumes, l’architecture répond par des affichages électroniques, tactiles et kinesthésiques. Par les couches de fragmentation, de dégradation et de placage sensoriel qui composent les installations immersives, émulations analogues et faux-nez, ces œuvres présupposent différentes relations narratives – historiques et dialogiques – au temps, tel que régulé par la technologie. Les démarches artistiques de Fornieles, Goerzen et Perry explorent ces thématiques, où les actes posés en ligne par les artistes, que ce soit sur Facebook, Instagram ou d’autres communautés, règnent en parallèle aux œuvres elles-mêmes, référençant et influençant à l’infini leur propre interprétation et création.

Nous avons le regret de vous informer que certaines installations de l’exposition « I feel we think bad » ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite et aux personnes épileptiques.

Vues de l’exposition

Matt Goerzen

Matt Goerzen

Matt Goerzen

Matt Goerzen

Matt Goerzen

Matt Goerzen

Matt Goerzen

Matt Goerzen

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Hannah Perry

Ed Fornieles

Ed Fornieles

Ed Fornieles

Ed Fornieles